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Trafic international de civelles : une réponse pénale attendue face aux atteintes graves à la biodiversité marine

Le mercredi 14 janvier, dix-sept personnes ont comparu devant le Tribunal judiciaire de Bordeaux pour leur implication présumée dans un vaste trafic international de civelles, ces alevins d’anguille particulièrement prisés sur les marchés asiatiques. Les faits reprochés portaient sur l’exportation illégale, entre mars et mai 2019, de près d’une tonne de civelles, pour un gain estimé entre 800 000 euros et plus d’un million d’euros.

Cette procédure met en lumière l’ampleur des atteintes portées aux espèces marines protégées et les enjeux liés à la lutte contre une criminalité environnementale organisée, structurée et transnationale.

Maitre DUMONT SAINT PRIEST défendait dans ce dossier l’association DMA – Association Défense des Milieux Aquatiques.

Un trafic international structuré et particulièrement organisé

L’enquête a débuté le 15 mai 2019, à la suite de l’interpellation de Hao C., alors qu’il circulait à bord d’un taxi portugais en direction de la région lyonnaise. Lors du contrôle du véhicule, les gendarmes ont découvert 68 kilogrammes de civelles transportées sans aucun document permettant d’en justifier l’origine ou la détention.

Cette interpellation marque le point de départ d’investigations approfondies, lesquelles permettront de mettre en évidence l’existence d’une organisation particulièrement structurée. L’enquête a révélé l’intervention de plusieurs réseaux distincts, agissant à différents stades du trafic : collecte des civelles auprès de pêcheurs ou de mareyeurs en France, en Espagne et au Portugal, stockage et conditionnement sur le territoire français, puis exportation clandestine vers l’Asie.

Des lieux de stockage sont notamment identifiés à Culin (Isère) et Grézieu-la-Varenne (Rhône), où des maisons avaient été louées afin de servir de bases logistiques. Ces sites étaient équipés de viviers et de matériel spécifique permettant la conservation temporaire des civelles avant leur transport.

L’exportation reposait sur le recours à des « mules », chargées de transporter les civelles dissimulées dans des valises spécialement aménagées. Chaque mule transportait en moyenne jusqu’à 40 kilogrammes de civelles et était rémunérée pour chaque voyage effectué vers des destinations asiatiques telles que le Vietnam ou la Malaisie. Consultez l’article complet de France 3 ici.

Des poursuites pénales pour ces atteinte graves à la biodiversité marine

Au terme de l’information judiciaire, les prévenus ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel pour exportation sans déclaration en douane applicable à une marchandise prohibée, détention de spécimen d’espèce de la faune et de la flore sauvages menacée d’extinction ou de ses produits sans document justificatif régulier, participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de 10 ans d’emprisonnement et détention ou transport non autorisé d’animal d’espèce non domestique ou de ses produits. La circonstance aggravante de bande organisée a été retenue pour l’ensemble des infractions précitées.

Ces qualifications traduisent la gravité des faits reprochés, lesquels relèvent d’une criminalité environnementale structurée et lucrative.

La civelle, une espèce en danger critique d’extinction

Rappelons que la civelle correspond au stade juvénile de l’anguille européenne, une espèce aujourd’hui classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Après leur naissance dans le nord de l’océan Atlantique, les larves rejoignent les côtes européennes, puis remontent les cours d’eau afin de s’y développer. Elles ne se reproduisent qu’une seule fois au cours de leur vie.

Selon les données de l’Agence de la biodiversité, la population d’anguilles présente dans les eaux françaises a chuté de près de 75 % en trente ans. En raison de cette situation alarmante, la pêche de l’anguille et de la civelle est strictement encadrée en France, avec des quotas annuels limités. Pour la saison 2025-2026, ce quota a été fixé à 22 tonnes destinées à la consommation.

Les trafics illégaux de civelles compromettent directement les politiques publiques mises en œuvre pour la préservation de l’espèce et les efforts de restauration des milieux aquatiques.

La constitution de partie civile de l’Association Défense des Milieux Aquatiques

Dans cette procédure, plusieurs associations de protection de l’environnement se sont constituées parties civiles, parmi lesquelles l’association DMA – Association Défense des Milieux Aquatiques que Maître DUMONT SAINT PRIEST a représentée. Cette constitution de partie civile visait à faire reconnaître le préjudice moral porté aux intérêts collectifs que ces associations ont pour objet de défendre, du fait de la violation répétée et organisée de la réglementation destinée à la protection des espèces aquatiques.

Le Tribunal judiciaire de Bordeaux a mis l’affaire en délibéré, la décision sera rendue le 4 mai 2026.