Ce jour, l’association dite «Association pour la santé des enfants» (APS-Enfants), par l’intermédiaire de son avocate Me Louise Dumont Saint Priest, a déposé trois plaintes auprès du Procureur de la République de Bordeaux, d’Angers et du pôle de santé publique de Paris afin de dénoncer la contamination à la céréulide de laits infantiles destinés aux nourrissons ainsi que la gestion tardive, fragmentée et insuffisamment transparente tant des rappels de produits que de l’information transmise aux parents et professionnels de santé.
Depuis plus de deux mois en France, de nombreux nourrissons ayant consommé des lots de laits concernés ont présenté des symptômes graves compatibles avec une intoxication à la céréulide, plusieurs ont été hospitalisés et trois décès ont été signalés aux autorités à ce jour, dont à Bordeaux et Angers. Les circonstances précises de ces faits devront être investiguées.
Cette plainte déposée contre X vise plusieurs fabricants de laits infantiles – notamment Nestlé, Danone, Lactalis, Nutribio, Vitagermine, La marque en moins, Hochdorf – ainsi que les distributeurs et les différentes autorités.
APS-Enfants, engagée depuis le début de la crise pour accompagner les familles et alerter sur les différentes défaillances, continue de récolter les témoignages de familles concernées (pour envoyer votre témoignage et/ou se joindre aux plaintes déposées : victimeslait@gmail.com).
La consommation de laits infantiles contaminés par la céréulide et l’inertie des acteurs, malgré un risque connu
En dépit de la connaissance de la dangerosité de la toxine céréulide pour les nourrissons, depuis au moins 2005, et des risques liés à la contamination des laits infantiles (avec différentes alertes de l’EFSA et de l’OMS), cette toxine a été détectée à compter de fin novembre 2025 dans différents laits infantiles, commercialisés en France.
L’origine de la contamination proviendrait d’une huile enrichie en acide arachidonique (ARA), fournie a priori par la société chinoise Cabio Biotech. Il est apparu qu’au moins quatre fabricants français incorporent cette matière première en provenance du même fournisseur chinois dans leurs laits infantiles.
Malgré le caractère systémique du risque, les industriels ont procédé à des rappels extrêmement tardifs, concernant des produits commercialisés depuis plusieurs mois voire une année. Du fait des retraits fragmentés, des produits potentiellement contaminés ont continué à être vendus et donc consommés par les bébés pendant plusieurs semaines. Au total, des produits pouvant être contaminés ont été exportés dans plus de soixante pays, y compris tiers à l’Union européenne.
Par ailleurs, des données scientifiques démontrent que la bactérie à l’origine de la toxine en question peut persister longtemps dans l’environnement industriel et peut continuer à contaminer les chaines de production.
Les industriels qui ont toujours vanté la sécurité et la qualité de leurs laits infantiles, la transparence de leur composition voire la fabrication française, ont maintenu une communication soulignant l’absence de risque sanitaire de leurs produits alors même que des rappels en cascade intervenaient.
En outre, aucune communication immédiate et complète n’a été effectuée pour alerter largement les consommateurs et les professionnels de santé sur la réalité des risques encourus. A titre d’exemple, l’alerte officielle des professionnels de santé n’a été faite que le 23 janvier 2026, soit plus de 40 jours après la première détection de la toxine dans les laits.
Trois plaintes pour faire la lumière sur les conditions exactes de la crise au niveau local et national et pour que des investigations puissent être menées
Les plaintes déposées entendent dénoncer ces faits et la gestion défaillante de la crise par différents acteurs.
De nombreuses infractions relevant du Code pénal et du Code de la consommation sont ainsi visées, et notamment :
- – la mise sur le marché et la vente de produits toxiques pour la santé des nourrissons depuis plusieurs mois voire un an, y compris après la détection de la toxine ;
- – le défaut d’information immédiate et complète aux autorités et aux consommateurs ;
- – l’absence de rappel immédiat et effectif de l’ensemble des lots de lait contaminés ;
- – la tromperie des consommateurs quant à la qualité et la sécurité des lots de laits infantiles ;
- – les pratiques commerciales trompeuses qui présentent les produits comme sûr sur le plan sanitaire, y compris en pleine crise, alors que des rappels intervenaient en cascade ;
- – l’exportation des laits infantiles contaminés vers de nombreux pays tiers à l’Union européenne ;
- – la mise en danger des nourrissons et l’atteinte à leur intégrité physique ;
- – l’homicide involontaire de nourrissons notamment à Bordeaux et Angers.
APS-Enfants souhaite, par ces plaintes, que différentes investigations judiciaires soient menées afin de faire toute la lumière sur cette affaire et que les responsabilités de l’ensemble des acteurs impliqués dans la production, la commercialisation et le contrôle défaillant des produits contaminés, soient recherchées.